Introduction à la philosophie
Le but de cette séquence est de proposer une introduction à la philosophie et au travail que nous allons faire cette année. Nous allons partir du plus général (qu’est-ce que la philosophie ? Et plus précisément, qu’est-ce que la philosophie en terminale, quel est le programme, quelles sont les exigences ?), pour finir par les détails de l’organisation de cette année.
Plan :
I – Qu’est-ce que la philosophie ?
A / Faire de la philosophie, c’est penser, réfléchir
Que fait-on lorsqu’on fait de la philosophie ? La philosophie semble relever avant tout de la pensée : faire de la philosophie, c’est penser, réfléchir. Mais lorsqu’on réfléchit à ce que l’on va faire ce soir, on ne fait pas de la philosophie. Il faut donc préciser notre définition. De plus, réfléchir, c’est toujours réfléchir à quelque chose. À quoi réfléchit-on alors lorsqu’on fait de la philosophie ? On pourrait dire que l’on réfléchit à des questions philosophiques, mais il reste à déterminer ce qu’est une question philosophique.
B / Qu’est-ce qu’une question philosophique ?
Prenons un exemple d’une question clairement non philosophique. Si je me demande : « Quelle heure est-il ? », je ne me pose pas une question philosophique. Pourquoi ? À cette question, il y a une réponse simple possible (il suffit de trouver une montre qui fonctionne), et il n’y a pas de désaccord fondamental sur cette réponse (il suffit que la montre soit bien réglée). Au contraire, en philosophie, il ne semble pas y avoir de réponse simple possible et plusieurs conceptions semblent à chaque fois s’affronter.
Mais cela ne suffit pas pour caractériser les questions philosophiques. Lorsqu’il s’agit de résoudre un problème technique, ou de trouver une solution politique à un problème social, là aussi il n’y a pas de réponse simple possible, et là aussi plusieurs conceptions s’affrontent. Quel est alors le propre des questions philosophiques ?
Les questions philosophiques ont pour caractéristique de ne pas porter directement sur une réalité concrète, mais plutôt sur des notions, des concepts qui sont au fondement de notre existence (le bonheur, la liberté, le travail…). Nous avons remarqué en ce sens que les questions : « Qu’est-ce que le bonheur ? », « Qu’est-ce que la liberté ? », « Qu’est-ce que le travail ? » sont des questions philosophiques. Et au fondement de ces questions, il y a une même forme d’interrogation : une question du type « Qu’est-ce que … ? ». Ce type de questionnement est au cœur de la démarche philosophique et pour mieux comprendre cette démarche, nous allons maintenant nous intéresser à la manière dont Socrate, personnage fondateur de la philosophie, utilise cette question.
C / Socrate et la question « qu’est-ce que … ? »
Socrate est un athénien. Nous sommes au Ve siècle avant notre ère, et Socrate a pour principale occupation de discuter avec ses concitoyens. Il ne laissera d’ailleurs derrière lui aucun écrit. Nous connaissons Socrate essentiellement par Platon, qui, lui, a écrit des dialogues, dans lequel Socrate joue le rôle principal. Dans l’Apologie de Socrate notamment, Socrate explique pourquoi il s’efforce de rencontrer et de discuter avec ses concitoyens :
L’oracle de Delphes a affirmé que Socrate est le plus savant des hommes, et Socrate s’en étonne : « Quand je sus la réponse de l’oracle, je me dis en moi-même : que veut dire le dieu ? Quel sens cachent ses paroles ? Car je sais bien que je ne suis savant en aucune manière; Que veut-il donc dire, en me déclarant le plus savant des hommes ? » (Apologie de Socrate, 21b).
Socrate va alors chercher à rencontrer les individus qui sont connus pour détenir un savoir, et il les interroge. Il va par exemple voir un général, et lui demande : « qu’est-ce que le courage ? » (Lachès). À un homme de religion, il va demander : « qu’est-ce que la piété ? » (Euthyphron). À force de poser des questions, Socrate va alors progressivement se rendre compte que le prétendu spécialiste du courage (le général des armées), le prétendu spécialiste de la piété (l’homme de religion) ne savent en fait pas ce qu’est le courage, ou ce qu’est la piété. Ces individus croient savoir, mais ils n’ont pas de savoir.
Pourquoi alors Socrate est-il le plus savant des hommes ? C’est parce que Socrate, lui, sait qu’il ne sait pas. Socrate, par son questionnement, nous force à remettre en cause nos certitudes, nos croyances ordinaires. Il montre qu’il y a des problèmes qui se posent là où on croyait qu’il y avait une réponse simple.
Socrate est en ce sens le personnage fondateur de la philosophie, car ce que fait Socrate, c’est exactement ce qu’il faut faire en philosophie. En effet, faire de la philosophie c’est réfléchir aux problèmes qui se posent lorsqu’on pense aux notions qui sont au fondement de notre existence. La démarche philosophique repose sur un questionnement. Il faut savoir remettre en question ses certitudes et dépasser son opinion première.
II – La philosophie en Terminale
A / Première exigence : l’exercice réfléchi du jugement
Nous avons déterminé ce que signifie « faire de la philosophie » de manière générale, il faut maintenant préciser en quoi consiste la philosophie en terminale. L’objectif est clairement formulé dans le programme officiel : « L’enseignement de la philosophie en classes terminales a pour objectif de favoriser l’accès de chaque élève à l’exercice réfléchi du jugement ». Nous retrouvons ici l’idée de réflexion qui caractérise la philosophie, mais on a également le terme de « jugement ». Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela signifie que l’on vous demande de vous engager intellectuellement, de ne pas envisager de manière extérieure les problèmes, mais de juger, c’est-à-dire de formuler ce que vous pensez après réflexion.
Il faut distinguer le jugement de la simple opinion. L’opinion désigne ce qu’on pense immédiatement, ce qu’on pense à première vue à propos d’une question. Dans un sondage d’opinions par exemple, on demande simplement à l’individu de donner, assez rapidement, son avis. Le jugement désigne autre chose, c’est ce qu’on pense, certes, mais après réflexion, après avoir examiné précisément le problème, les différentes solutions possibles, et les arguments en présence. Il s’agit alors de déterminer quelle solution semble la plus raisonnable, quelle idée semble la plus justifiée. Juger ce n’est pas simplement donner son avis, c’est présenter les raisons qui permettent de penser que la solution que vous proposez est la bonne solution.
La philosophie repose donc certes sur une démarche de questionnement, mais aussi sur une démarche d’argumentation. Il ne suffit pas de dégager des problèmes, il faut chercher à les résoudre, en analysant les différentes positions sur la question, et en évaluant les arguments en présence.
B / Deuxième exigence : l’utilisation des connaissances
Le programme énonce une deuxième exigence : « l’exercice du jugement n’a de valeur que pour autant qu’il s’applique à des contenus déterminés et qu’il est éclairé par les acquis de la culture. » Nous avons en effet déjà souligné que faire de la philosophie c’est réfléchir. Mais on réfléchit toujours à quelque chose. La philosophie ne peut pas exister toute seule, la réflexion « s’applique à des contenus déterminés ». On réfléchit par exemple à ce qu’est le travail, ce qu’est la science. Cela suppose que l’on ait déjà des connaissances à propos de ce dont on parle. Si l’on réfléchit au travail, il faut savoir ce qu’est concrètement le travail et comment les conditions de travail ont pu changer dans le temps. Si l’on réfléchit aux sciences, il faut savoir ce qu’est une expérience scientifique et comment concrètement la science cherche à produire des connaissances. On ne réfléchit donc pas « en l’air », et faire de la philosophie suppose d’avoir des connaissances, et donc d’apprendre certains contenus de savoir. Ces connaissances sont de plusieurs types.
Il y a d’abord des connaissances philosophiques. D’autres personnes ont pensé avant nous aux problèmes que nous nous poserons, et il faut savoir utiliser leurs idées, leurs arguments. Le programme précise en ce sens que l’enseignement de philosophie doit offrir à l’élève « une culture philosophique initiale ». Cette culture doit vous servir à mieux penser. Il ne s’agit pas de faire référence à un auteur philosophique, pour montrer sa culture. Ce que dit un auteur doit toujours être utilisé pour mieux dégager un problème, ou pour analyser une idée.
Le programme ajoute que l’enseignement de philosophie est « ouvert aux acquis des autres disciplines ». Cela signifie que la philosophie n’est pas un îlot dans votre cursus scolaire. Toutes les connaissances qui sont utiles peuvent être mobilisées, qu’il s’agisse de connaissances en art, en histoire, en science, etc.
Il faut donc retenir que la philosophie repose sur une démarche de questionnement, d’argumentation, mais aussi sur des connaissances. Nous pouvons alors comprendre quels vont être les objectifs de cette année.
C / Les objectifs de cette année
1°) L’épreuve du baccalauréat
Il y a d’abord un objectif à court terme : réussir l’épreuve du baccalauréat. Que vous sera-t-il demandé au baccalauréat ? Lors de l’épreuve de philosophie, vous avez le choix entre trois sujets. Deux sujets de dissertation, un sujet d’explication de texte. Il faut traiter l’un des sujets seulement ; vous disposez de 4 heures, qu’il faut utiliser dans leur intégralité ! Les sujets de dissertation consistent chacun en une question, qui fait référence à une ou deux notions du programme. Le sujet d’explication de texte consiste en un texte d’une vingtaine de lignes environ extrait de l’œuvre d’un des auteurs au programme ; le texte fait également référence à une ou deux notions du programme.
Attention, « dissertation » et « explication de texte » vous font peut-être penser à ce que vous faisiez en français, mais la méthode en philosophie est tout à fait différente. Nous préciserons plus tard cette méthode, mais d’ores et déjà, dépassez le préjugé qui fait de la philosophie une « matière littéraire ». En français, en lettres, vous vous intéressiez davantage au style, à la manière de dire, alors qu’en philosophie, c’est seulement le contenu, les idées qui importent. De plus, les qualités qui sont demandées en philosophie sont les mêmes qualités qui sont demandées en science : il faut de la rigueur, de la clarté, être capable de construire un raisonnement logique, etc. Enfin, il y a une connexion très étroite dans l’histoire de la philosophie entre la philosophie et les sciences.
Quelques exemples : sur le fronton de l’Académie de Platon était écrit « Nul n’entre ici s’il n’est géomètre » (cf. ce lien pour un examen des sources de cette phrase célèbre). La physique auparavant s’appelait la « philosophie naturelle ». Newton par exemple a écrit un traité des Principes mathématiques de la philosophie naturelle. Pascal, Descartes, Leibniz ont contribué de manière importante aux mathématiques et à la physique de leur temps (Pascal a inventé la première machine à calculer. Vous connaissez d’autre part certainement les « coordonnées cartésiennes »). Ce sont enfin deux philosophes, Frege et Russell, qui ont fondé la logique moderne (une bande dessinée, qui est parue en anglais seulement pour le moment, retrace ce moment historique important : LOGICOMIX).
Par conséquent, ne vous dites pas que votre niveau en philosophie est déjà déterminé par le niveau que vous aviez en français. La seule part de vérité de l’idée que la philosophie serait une « matière littéraire », c’est que l’épreuve du baccalauréat se fait à l’écrit et qu’il faut rédiger. Or il est vrai que l’écriture est quelque chose de difficile. Il faut savoir admettre que ce que l’on écrit au début n’est pas bon. Et cela vaut pour tout le monde, pour vous, mais aussi pour moi, et aussi pour un chercheur (cela vaut aussi en littérature, regardez par exemple cette page d’un manuscrit de Flaubert !). Le premier jet n’est jamais bon, il faut réécrire, se faire lire par d’autres et accepter la critique, pour progresser. Si vous avez l’impression d’avoir des difficultés à écrire, ne vous inquiétez pas, cela se travaille. Nous allons beaucoup nous entraîner à écrire. Faire une dissertation ou une explication de texte de 5-6 pages semble toujours impressionant, mais c’est par l’entraînement que vous en serez capables.
2°) Il faut voir plus loin que le bac !
Le baccalauréat est certes un moment important de cette année, mais il faut déjà viser plus loin que le bac. Il faut d’abord penser à votre future orientation. Toutes les notes et appréciations de votre dossier scolaire vont compter lors de la sélection des candidats. Ne négligez pas les matières à petit coefficient (dont la philosophie !), qui sont déterminantes lorsque les candidats ont plus ou moins le même niveau (c’est d’ailleurs la même chose pour le baccalauréat : s’il vous manque quelque point pour avoir le bac ou une mention, le dossier scolaire sera consulté).
Vous ferez d’ailleurs peut-être de la philosophie, ou quelque chose qui ressemble à la philosophie, dans votre cursus postbac. C’est le cas dans toutes les classes préparatoires (même les prépas scientifiques et les prépas commerciales) et c’est le cas pour Sciences-Po.
Quand bien même vous ne feriez pas de philosophie après le bac, l’enseignement de philosophie reste essentiel. Vous allez apprendre à mieux réfléchir, à mieux argumenter. Vous apprendrez à être plus clair dans vos idées, à analyser précisément un problème. Ce sont des qualités qui sont essentielles dans toutes les disciplines ! De manière plus générale, nous vivons dans une société démocratique dans laquelle la discussion argumentée a une place importante. Vous aurez, en tant que citoyen, ou dans votre travail, à défendre vos idées, à justifier votre position. Or le cours de philosophie est aussi un apprentissage de l’argumentation, de la réflexion ou de la pensée critique.
Vous rencontrerez enfin dans votre vie des questions existentielles, des questions éthiques. Et nous avons ici tous besoin de philosophie. La philosophie nous permet de mieux réfléchir dans ces situations où nous avons un choix difficile à faire.
III – L’organisation de l’année
A / Le cours
Le programme officiel de philosophie est énoncé sous la forme d’une liste de notions, que nous allons travailler de la manière suivante. Ce plan général est indicatif et pourra être modifié en cours d’année. Je vous le présente surtout pour d’ores et déjà éveiller votre curiosité.
Ce plan de travail sur l’année ne signifie pas qu’une notion ne sera travaillée que dans une séquence. Il ne faut absolument pas imaginer que le programme est constitué d’un ensemble de notions indépendantes les unes des autres. Bien au contraire, les sujets qui vous seront proposés dans l’année et lors de l’épreuve du baccalauréat, vous demanderont de savoir faire des liens entre les notions.
B / Votre travail
Le travail le plus important qui vous sera demandé consiste dans les différents devoirs type bac que nous allons faire dans l’année. Il y a en aura environ 8, dont au moins un sur table lors du bac blanc. Il y aura certainement un autre devoir sur table, puisque nous avons l’habitude avec mes collègues de faire également un devoir commun, dans les conditions du bac, avec toutes les terminales.
Pour se préparer à ses devoirs, il faut bien sûr apprendre votre cours, et il y aura justement des contrôles de connaissance, qui ne seront ni des contrôles surprise (je préviens à l’avance), ni des contrôles pièges (vous pouvez avoir très facilement une très bonne note).
Pour vous entraîner à écrire, à argumenter, à problématiser, à analyser une idée, etc., il y aura à chaque séance (ou presque) un exercice à faire pour la prochaine séance. Il s’agira à chaque fois d’exercices courts (5 à 10 lignes). Il faut du coup que vous ayez un cahier d’exercice que vous apporterez à chaque fois. Je ramasserai votre cahier en fin de trimestre pour mettre une note.
Je compte également noter votre participation. Tout d’abord la participation orale : il ne faut surtout pas hésiter à poser des questions, à proposer une réponse. En philosophie, nous sommes face à des problèmes qui se posent pour tout le monde, et nous sommes tous en recherche. Le cours ne peut fonctionner que sur la base de cette recherche commune et de votre participation. N’hésitez pas à me poser des questions après le cours, ou à d’autres moments (vous pouvez me contacter par mail). Je prendrai en compte également, dans la note sur votre participation, la participation sur le site.
C / Le site internet
Vous pouvez en effet poser vos questions sur le site, qu’il s’agisse de questions sur le cours (retrouvez l’article qui correspond au cours et postez votre commentaire), ou de questions sur un devoir (même démarche : cherchez l’article où il y a l’énoncé du sujet, et postez votre commentaire). Vous pouvez également poser des questions sur d’autres sujets (pour cela, cliquez sur ce lien). De manière générale, n’hésitez pas à réagir à un article ou à un commentaire sur le site.
Vous pourrez choisir sur le site de poster vos commentaires de manière anonyme (en choisissant un pseudo : seul l’administrateur du site, c’est-à-dire moi-même, saura qui vous êtes), ou bien sous votre propre nom (ce que je vous recommande).
Sur le site, je m’efforce de mettre en ligne le cours, la méthodologie et les exercices que nous faisons en classe, pour faciliter vos révisions. Le cours sur internet propose également des documents complémentaires et des exercices en ligne.
Le site est également un moyen de poursuivre des discussions que nous n’avons pas le temps de développer en classe.Essayez de vous impliquer dans les discussions proposées en ligne. C’est en travaillant ensemble que vous pourrez progresser au mieux en philosophie.
Je vais également tenter cette année de faire une nouvelle expérience de correction des devoirs en ligne (je l’avais déjà fait il y a deux ans, mais sous une autre forme). L’idée est que vous faites votre devoir sur un traitement de texte, vous me l’envoyez par l’intermédiaire du site, et je corrige votre devoir également sur le site. Bien évidemment, votre devoir ne pourra être consulté que par vous. Nous verrons en classe le fonctionnement dans le détail.
Suivre les commetaires avec le flux RSS 2.0. Vous pouvez laisser un comentaire, or trackback depuis votre site.